Enrichissement de l’alimentation de sujets âgés dénutris par des protéines de lactosérum, de la leucine, des vitamines et des minéraux : résultats d’une étude observationnelle menée en EHPAD

 

Objectif de cette étude*

Evaluer en conditions réelles les effets d’une supplémentation d’au moins 3 mois avec des protéines de lactosérum, de la leucine, des vitamines et des minéraux (Promyone® [Laboratoire de Nutrition Fonctionnelle] et InsunéaLeox® [PiLeJe]) chez des sujets âgés dénutris résidant en EHPAD.

*Leblanc et al. 2016. Soumis pour publication à La Revue de Gériatrie.

Ce qu’il faut retenir

L’enrichissement qualitatif de l’alimentation de sujets âgés dénutris résidant en EHPAD avec des protéines de lactosérum, de la leucine, des vitamines et des minéraux a significativement amélioré leur état de santé dès 3 mois. La réduction de 50% du nombre de chutes observée était en cohérence avec l’amélioration du statut nutritionnel, l’augmentation de la masse maigre et le maintien du poids et des performances musculaires.

Point de vue des experts

Anne Leblanc, Dr ès sciences, Larena Santé

Cette étude montre qu’une supplémentation associant protéines, leucine, vitamines et minéraux est bénéfique pour une population gériatrique dénutrie, ce qui n’avait jamais été observé auparavant. Le résultat le plus important est la réduction d’un facteur 2 du nombre de chutes dès 3 mois. L’approche observationnelle est également intéressante puisqu’elle reflète les résultats qui peuvent être attendus en conditions réelles de prise en charge.

Jean-Jacques HENRY, Médecin généraliste spécialisé en Micronutrition et Phytothérapie

La sarcopénie avec ou sans dénutrition est une cause majeure d’aggravation de l’état de santé du sujet âgé avec en première conséquence, un risque de chutes augmenté. Je trouve cette étude intéressante pour deux raisons :

– Elle montre l’impact positif d’une supplémentation adaptée sur tous les critères de «qualité de vie» du sujet âgé: diminution de la masse grasse et augmentation significative de la masse maigre, augmentation de l’albuminémie, diminution de la fréquence des chutes et du risque d’infection, et diminution globale des risques liés à l’état de dénutrition.

– Elle montre qu’une simple supplémentation quotidienne ne modifiant ni le goût ni la texture des aliments est efficace.

Cette étude a été réalisée en EHPAD ; il est cependant important de noter que sarcopénie et dénutrition concernent également les personnes âgées vivant encore à leur domicile et que la prise en charge en ambulatoire est difficile.

Le contexte

La dénutrition du sujet âgé est un problème de santé important puisqu’elle aggrave dépendance et augmente le risque de chutes. Il a été montré que différentes approches nutritionnelles qualitatives, notamment protéiques, avaient un véritable intérêt chez des sujets âgés sarcopéniques mais ne souffrant pas de dénutrition. Dans cette étude, nous avons évalué l’intérêt d’un complémentation chez des patients âgés et dénutris.

Méthodologie de l’étude

Dans cette étude observationnelle prospective réalisée dans 19 EHPAD, 165 sujets dénutris supplémentés pendant 3 mois dont 77 pendant 3 mois supplémentaires soit 6 mois au total ont été analysés. L’alimentation des sujets a été enrichie une fois par jour avec une portion de 25 g d’un produit contenant 20 g de protéines de lactosérum, 4 g de leucine et des vitamines et minéraux aux doses nutritionnelles (potassium, magnésium, zinc, manganèse, sélénium, vitamines B, C, D et E ; Promyone® [Laboratoire de Nutrition Fonctionnelle] ou InsunéaLeox® [PiLeJe] ; produits identiques). Le niveau d’autonomie, la composition corporelle (pourcentage masse grasse et masse maigre), les performances musculaires des membres supérieurs et inférieurs (tests 8-foot up and go et du hand-grip), le statut nutritionnel (IMC et albuminémie à jeun) et les risques de complications liés à l’état de dénutrition (GNRI : Global Nutritional Risk Index) ont été évalués. De plus, l’évolution de l’état de santé a été appréciée par le médecin et le patient. Tous ces critères ont été évalués à l’inclusion (V1), après 3 (V2) et 6 mois d’enrichissement (V3). Enfin, l’influence de la supplémentation sur le goût et la texture des aliments a été évaluée par les sujets.

Résultats

Evolution du statut nutritionnel

Selon l’IMC et l’albuminémie (critères de dénutrition de la HAS), le pourcentage de sujets dénutris était de 76,2% à V2 et 67,1% à V3 comparé à 86,8% à V1. L’albuminémie à jeun était significativement plus élevée après 3 et 6 mois d’enrichissement par comparaison à V1. Ce paramètre était supérieur de 12,9% à 3 mois et de 16% à 6 mois chez les sujets dont l’albuminémie à jeun était inférieure à 30 g/L à l’inclusion (Figure 1). Une augmentation significative du GNRI a été observée chez les sujets dont l’albuminémie était inférieure à 35 g/L à V1 mais seuls les sujets dont le taux d’albumine était compris entre 30 et 35 g/L à V1 sont passés d’un risque modéré à un risque faible de complications et de mortalité lié à l’état de dénutrition (Figure 2).

Figure 1 |

Figure 1. Evolution de l’albuminémie à jeun à V2 et V3 en fonction de ce taux à V1. Les valeurs représentées sont les moyennes ± ESM. *p < 0,05 ; ** p < 0,001 ;
*** p < 0,0001 versus V1.

Figure 2. GNRI à V1, V2 et V3 en fonction de l’albuminémie à jeun à V1. Les valeurs représentées sont les moyennes ± ESM. *p < 0,05, **p < 0,005 versus V1.

Evolution de la composition corporelle et des performances physiques

Une diminution significative du pourcentage de masse grasse et une augmentation significative du pourcentage de masse maigre ont été observées à V2 et V3 par comparaison à V1. Les performances physiques sont restées équivalentes mais le nombre de chutes à V2 et V3 a significativement diminué de 50% par rapport à V1.

Evolution de l’état de santé global 

Le nombre de jours d’hospitalisation est resté stable au cours de l’étude mais le nombre d’infections à V2 était significativement inférieur à celui rapporté à V1. Environ 25% des sujets ont jugé que leur état de santé s’était amélioré tandis que plus de 60% n’ont considéré aucune amélioration ou aggravation. Les médecins ont estimé que l’état de santé global s’était amélioré chez environ 47% des sujets.

La majorité des sujets (>70%) n’ont pas ressenti de différence de goût ou de texture dans leur alimentation.

Conclusion

Ces résultats sont en faveur d’un bénéfice de l’enrichissement de l’alimentation avec une association de protéines de lactosérum, de leucine, de vitamines et minéraux chez les personnes âgées dénutries résidant en EHPAD. L’augmentation de l’albuminémie à jeun et du GNRI après 3 à 6 mois d’enrichissement témoigne d’une amélioration du statut nutritionnel des sujets. L’augmentation significative de la masse maigre ainsi que le maintien des performances physiques sont en accord avec les données de la littérature et s’expliqueraient par l’effet sur le métabolisme musculaire des différents nutriments apportés par la supplémentation. Cette évolution favorable de l’état de santé des sujets est cohérente avec la diminution de 50% du nombre de chutes dès 3 mois de supplémentation.

> Téléchargez l’intégralité du ConneXience n°24 – Octobre 2016

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