Manger sous le coup de l’émotion exposerait au risque de surpoids

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Objectif de cette étude*

Etudier le fait de manger sous le coup de l’émotion et son lien avec le surpoids dans un large échantillon d’adultes français participant à l’étude NutriNet-Santé (www.etude-nutrinet-sante.fr).

*Péneau S et al, American Journal of Clinical Nutrition, Avril 2013 

Ce qu’il faut retenir

  • 35 000 personnes interrogées dont 75% de femmes
  • Les femmes ont davantage tendance à manger sous le coup de l’émotion que les hommes.
  • Parmi les femmes qui n’ont jamais fait de régime, celles qui ont une forte émotionalité alimentaire ont 5 fois plus de risque d’être en surpoids
  • Chez les femmes ayant déjà fait un régime, manger sous le coup de l’émotion exposerait à un risque 3 fois plus élevé d’être en surpoids

Le point de vue de l’expert (Angèle Guilbot, Responsable scientifique, Groupe Larena-Santé)

Peu d’études avaient jusqu’alors exploré le lien entre surpoids et émotionalité alimentaire. Les résultats obtenus par l’équipe du Pr S.Hercberg sur un large échantillon de la population française montre un risque plus élevé d’être en surpoids chez les personnes mangeant fréquemment sous le coup de l’émotion, risque majoré lorsqu’on est une femme. Ces résultats renforcent l’importance, dans le traitement du surpoids et de l’obésité, d’une prise en charge comportementale associée à une prise en charge nutritionnelle.

La pathologie et son contexte

En 2012, selon l’étude obEpi-Roche, 32,3% des Français de plus de 18 ans étaient en surpoids (25 ≤ IMC < 30 kg/m2) et 15% présentaient une obésité (IMC ≥ 30 kg/m2). Et la prévalence de l’obésité est plus élevée chez les femmes : 15,7% versus 14,3% chez les hommes. L’influence de facteurs psychologiques dans la prise de poids est aujourd’hui reconnue. Néanmoins, il existe peu d’études évaluant le degré d’association entre la composante émotionnelle et les troubles de l’alimentation.

L’alimentation émotionnelle correspond à la faculté de manger en trop grande quantité en réaction à un sentiment négatif, par exemple lorsque l’individu se sent anxieux, déprimé ou bien seul.

Explorer les pratiques diététiques courantes chez les personnes en surpoids en évaluant la part de la faim émotionnelle, mais également celle de la restriction cognitive et de l’alimentation incontrôlée, est une étape nécessaire pour améliorer la prise en charge de ces patients.

Méthodologie de l’étude

Il s’agit d’une étude transversale réalisée sur un échantillon de 8 580 hommes et 27 061 femmes âgés de plus de 18 ans et participant à l’enquête NutriNet-Santé. Les données recueillies ont concerné l’âge, la taille, le poids, le niveau d’éducation, l’activité physique, le comportement alimentaire et le statut « régime » (fait d’avoir fait ou de faire actuellement un régime pour perdre du poids). Les sujets ont également rempli un questionnaire de comportement alimentaire : il s’agissait du questionnaire TFEQ-R21 (Three-Factor Eating Questionnaire) qui explore la restriction cognitive (6 items), la faim incontrôlée (9 items) et la faim émotionnelle (6 items). Les associations possibles entre faim émotionnelle, sexe, IMC et statut « régime » ont été recherchées en utilisant des modèles statistiques de régression logistique et de régression linéaire multiple ajustés en fonction du mode de vie et de variables socio-démographiques.

Résultats

Les données de plus de 35 000 personnes (âge moyen 45,2 ± 14,4 ans, IMC moyen 23,8 ± 4,5 kg/m2) ont été analysées. Ce panel était constitué d’environ 25% d’hommes.

Les personnes en surpoids (IMC>25) ont obtenu des scores plus élevés lors de la cotation de la restriction cognitive, de la faim incontrôlée et de la faim émotionnelle, suggérant davantage de troubles du comportement alimentaire au sein de cette sous-population (Figure 1) : score moyen de faim émotionnelle de 50/100 dans le groupe IMC>25 versus 33/100 chez les personnes avec un IMC<25. Sans considération de poids, la propension à manger sous le coup d’émotions négatives est plus fréquente chez les femmes (52 %)  que chez les hommes (20%).

Figure1Connexience3

Figure 1 | Scores moyens extraits du questionnaire TFEQ

Les analyses statistiques mis en évidence une association entre score de faim émotionnelle et surpoids, la plus forte association étant obtenue chez les femmes n’ayant jamais fait de régime (figure 2) : Odds Ratio: 5,06 (95% CI : 4,24 – 6,05). Cette valeur signifie qu’une femme avec ce profil (pas d’historique de régime et troubles du comportement alimentaire) a 5,06 fois plus de risque d’être en surpoids, d’où l’importance d’une prise en charge psychologique. L’association est plus limitée chez les hommes avec un risque de 1,3 à 2,5 fois supérieur lorsqu’il existe une émotionalité alimentaire modérée à forte.

Figure2Connexience3

Figure 2 | Risque de surpoids en fonction du score de faim émotionnelle, du statut «régime» et du sexe

> Téléchargez l’intégralité du ConneXience n°3 – Mai 2013

Une réponse à “Manger sous le coup de l’émotion exposerait au risque de surpoids

  1. Intéressant mais je m’étonne de votre découverte. Si peu d’études ont exploré ce lien surpoids émotion, je peux vous dire que de nombreux praticiens accompagnant des sujets obèses auraient pu vous confirmer une forte corrélation de ce lien. L’obésité n’est pas un problème de nutrition mais un problème de gestion des émotions dans un contexte de sédentarité. Confirmation par cette étude d’une situation bien connue . Je partage

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